L’Opinion – Le télétravail doit être la règle pour le monde d’après

Dans l’urgence de la crise sanitaire, la mise en œuvre généralisée du télétravail pour des millions de salariés, d’indépendants et d’agents de l’administration était un défi particulièrement incertain. Son improvisation a révélé que notre pays n’était pas préparé à ce mode d’organisation, tant les esprits étaient jusque-là restés frileux et les outils encore peu partagés.

Pourtant, en quelques semaines, nous avons tous pu constater l’agilité, la simplicité et l’efficacité de cette nouvelle façon de travailler. Les instruments technologiques ont été très rapidement accessibles au plus grand nombre et facilement adoptés : Zoom, Hangout, Slack, Klaxoon,… Ces applications sont entrées dans notre quotidien. La France compte d’ailleurs de nombreux talents dans ces domaines d’innovation.

Aujourd’hui, le télétravail se présente comme un atout et un acquis. Un atout, car il est un facteur décisif de la sortie de crise ; un acquis, car il est de nature à transformer notre modèle. La réussite du déconfinement passe par la poursuite du télétravail : il doit être le principe pour toutes les activités qui ne nécessitent pas une présence physique indispensable.

Contrat gagnant-gagnant. C’est le seul moyen pour éviter un afflux de voyageurs dans les transports en commun incompatible avec les règles désormais établies de distanciation. Les 800 000 Franciliens qui viennent chaque jour travailler à Paris devront composer avec un trafic réduit de moitié le 11 mai !

C’est aussi le seul moyen de gérer la réouverture progressive des écoles, un enjeu particulièrement complexe dans une ville aussi dense et diverse que Paris qui nécessitera probablement de poursuivre l’école depuis la maison. C’est enfin le seul moyen d’assurer une certaine continuité pour l’activité économique, tout spécialement dans les métropoles où les métiers de main-d’œuvre sont minoritaires.

Le Premier ministre l’a indiqué : « Le retour à la vie d’avant ne s’effectuera pas avant longtemps. » Il nous revient donc de passer du télétravail improvisé à une nouvelle organisation du travail, modernisée, adaptée à un nouveau rythme de fonctionnement de la ville et de nos vies.

A l’heure où le confinement offre à chacun le temps de s’interroger sur le sens des priorités, le télétravail permet d’établir un nouveau rapport entre vie professionnelle et personnelle. Des heures de transports en moins, c’est un contrat gagnant-gagnant pour l’entreprise et le salarié. Paris doit être l’accélérateur de cette transformation durable.

« La Ville de Paris a un rôle moteur à jouer afin de promouvoir les nouvelles formes d’organisation du travail, qu’il s’agisse du travail à distance ou du décalage des horaires de présence afin de désaturer les transports en commun »


Un tiers des 52 000 agents municipaux habitent en deuxième couronne. Dans le même temps, selon les chiffres de l’exécutif parisien de 2016, le potentiel de postes en télétravail s’élevait à 15 000 personnes. Or, l’objectif de la Ville pour 2020 est resté limité à 1 500 agents. Trop souvent, les agents volontaires se heurtent au manque de moyens budgétaires pour équiper leur domicile.

Du côté de la Région Ile-de- France, 57 % de ses agents peuvent pourtant d’ores et déjà travailler depuis chez eux au moins une journée par semaine. L’Hôtel de Ville doit dès aujourd’hui saisir l’opportunité du confinement pour se montrer exemplaire et changer d’échelle en instaurant durablement le télétravail dans son fonctionnement. Non comme une contrainte, mais comme la volonté de transformer son mode d’organisation.

Nouvel état d’esprit. Bien entendu les rendez-vous traditionnels seront toujours nécessaires, mais c’est tout un nouvel état d’esprit qui doit irriguer l’ensemble des forces vives parisiennes. La Ville de Paris a un rôle moteur à jouer afin de promouvoir les nouvelles formes d’organisation du travail, qu’il s’agisse du travail à distance ou du décalage des horaires de présence afin de désaturer les traFransports en commun.

L’action conjointe de La Défense, de la Région Île-de-France, de la SNCF et de la RATP avec une quinzaine d’entreprises a ainsi concerné 50 000 salariés libérés des transports en commun aux heures de pointe. La Ville de Paris, à travers le vivier puissant des entreprises de la capitale, dispose d’un potentiel incomparable pour combler son retard et accélérer.

L’enjeu est précisément d’établir de nouveaux rythmes urbains et de coordonner les flux de voyageurs. Ainsi nous pourrons rendre la ville plus vivable et redonner du temps disponible aux citoyens. La crise que nous traversons a révélé certaines de nos faiblesses par la pesanteur de la « bureaucratie » de notre pays.

L’urgence a également mis au jour l’extraordinaire capacité d’adaptation de nos concitoyens, partout dans nos territoires. A Paris, l’expérience du télétravail en est une illustration particulièrement lumineuse. Les Parisiens ont démontré qu’ils étaient prêts à cette nouvelle étape de la modernité.
Faisons leur confiance.

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